Gundam,  Interview

Interview de Laurent Vernin (Gundam GQuuuuuuX)

Ces derniers temps, pas mal de personnes ont pu constater, en ce qui concerne l’animation japonaise, que la Belgique est devenue l’endroit où l’on double le plus en français ce type de produits. Que ce soit des plateformes comme Amazon Prime ou Crunchyroll, ADN, Disney+ ou encore Netflix dans une moindre mesure, mais aussi des ayants droit japonais comme Toei Animation, TMS Entertainment ou Bandai-Namco, il paraît clair que la réalisation de versions françaises dans ce royaume voisin, et tout particulièrement dans sa capitale, Bruxelles, ne doit rien au hasard. En effet, depuis plusieurs décennies, des comédiens, des directeurs artistiques, mais aussi des ingénieurs du son et des entreprises de doublages ont pu se créer, à la faveur certes d’un contexte économique qui les favorisait historiquement par rapport aux doublages français « traditionnels » réalisés sur Paris, mais ce serait particulièrement réducteur que de le réduire seulement à cela. En effet, au-delà du trilinguisme qui a favorisé le développement d’une industrie du doublage sur ce territoire, c’est grâce à une exigence technique et artistique toujours renforcée au fil des décennies que les comédiens, adaptateurs, directeurs artistiques et ingénieurs du son ont réalisés des versions françaises qui n’ont aujourd’hui plus grand-chose à envier par rapport à une partie notable des doublages réalisés en France.

Fatalement, votre serviteur était curieux d’en savoir plus sur les coulisses de ces doublages, étant donné que, contrairement à beaucoup de comédiens français, ces derniers restent relativement discrets sur les réseaux sociaux. Grâce à une personne que je remercierai jamais assez pour cette opportunité, je vous propose aujourd’hui l’interview d’un des comédiens phares du doublage belge, Laurent Vernin, comédien et directeur artistique, qui a eu l’occasion depuis l’année dernière de diriger sur quelques animés, dont notamment l’année dernière la version française de Gundam GQuuuuuuX, la nouvelle déclinaison de la franchise Mobile Suit Gundam créée en 1979 par Yoshiyuki Tomino. Cette interview ayant été réalisée il y a un certain temps, je n’ai pas pu aborder avec lui ses deux autres directions d’animés qu’il a réalisées par la suite, cette fois-ci pour Crunchyroll, à savoir My Status as an Assassin Obviously Exceeds the Hero’s, mais également Princesse Puncheuse, mais j’espère malgré tout que cette interview, où il revient sur son parcours en tant que comédien et directeur artistique, vous plaira malgré tout, d’autant qu’il n’hésite pas à aborder en toute franchise et sans concessions certains sujets liés au métier de comédien et à la direction artistique. Et comme toujours avec moi, il y a aussi quelques digressions. Sur ce, bonne lecture !


UniversJB (J.B) : Bonjour Laurent, et merci d’avoir accepté cette interview. Avant qu’on en vienne à tes tout premiers travaux dans le doublage, peux-tu te présenter et revenir sur ton parcours en tant que comédien ?

Laurent Vernin (L.V) : Merci Jérémie, donc je me présente, Laurent Vernin, et comme beaucoup de mes confrères, j’ai d’abord commencé en faisant du théâtre à Bruxelles. Sauf qu’à un moment, il faut reconnaître que se limiter à cela, c’est extrêmement compliqué. C’est quelque chose qui ne paye pas bien, d’autant plus qu’à moins d’avoir ce quelque chose en tant que comédien qui vous sort du lot et qui vous permet d’être sollicité par tout le monde, vivre du théâtre est quelque chose de particulièrement difficile. De ce fait, le doublage est arrivé assez rapidement dans ma vie, et j’ai trouvé une voix qui me permettait de bosser presque tous les jours, qui me plaisait et qui me permettait de bien gagner ma vie. C’est de l’audiovisuel, donc ça paye quand même un peu mieux, on va dire. Bien sûr, quand j’avais une opportunité au théâtre, parce que le projet me plaisait, les gens avec qui j’allais bosser me plaisaient, etc., j’intercalais ça. Mais voilà, je n’ai pas vraiment couru, surtout aujourd’hui, derrière le théâtre, ainsi que les castings et autres ; le doublage me suffit amplement.

En tendant l’oreille sur la saison 1 de Pokémon, il n’est pas impossible que vous entendiez sa voix sur quelques rôles secondaires. C’est notamment le cas dans l’épisode 52 où il interprète le personnage de Léonardo di Carpaccio.

J.B : Justement, comment en es-tu arrivé à travailler dans le doublage ? Quelle a été « ta porte d’entrée » dans le métier, si on peut dire les choses ainsi ?

L.V : Eh bien, il se trouve que l’initiateur du doublage en Belgique, Daniel Nicodème, m’a fait beaucoup bosser avec lui à mes débuts. Je l’avais eu comme professeur, et il m’a tout de suite proposé de m’entraîner, d’autant plus que c’était le moment où il cherchait des voix, et où il fallait créer les fichiers comédiens. Par la suite, j’ai travaillé partout, à La Dame Blanche, SDI, Chinkel, Lylo, Dubfiction avec Bruno Buidin et Carole Caudront qui sont en plus des amis dans la vie. J’ai travaillé beaucoup avec un directeur artistique qui est devenu un peu plus connu, Raphaël Anciaux, un ami également qui bosse désormais à Paris. Il a désormais sa propre société, il fait tout de A à Z, donc on fait appel à lui, et ensuite, il s’occupe de la direction, de la distribution, etc. Il a d’ailleurs travaillé avec Luc Besson et d’autres grands du cinéma…

J.B : Qu’est-ce qui t’a amené, au fil des années, à passer de simple comédien à directeur artistique ?

L.V : Vous savez, les choses comme ça se font souvent au hasard. C’est Raphaël Anciaux qui, un jour, m’a dit que je devrais me lancer dans le doublage. C’était vers la fin des années 90 et début 2000, au moment où MADE (N.d.A : Media Audiovisuels Developpements in Europe aussi connu sous leur nom de marque « Made in Europe« , une des plus importantes sociétés de doublages en Belgique à ce moment-là) cherchait des directeurs artistiques. Au début, j’ai refusé, diriger les gens, leur dire de faire ceci ou cela ; puis je me suis jeté à l’eau, j’ai commencé, ça s’est plutôt bien passé, et les choses se sont enchaînées, pour ne plus jamais s’arrêter !

J.B : En me renseignant un peu, j’avais remarqué que tu avais beaucoup travaillé pendant un temps avec Dubbing Brothers, est-ce toujours le cas ?

L.V : Oui, c’était un de mes clients. Étant donné que je suis indépendant, je travaille en société, donc je facture pour les entreprises de doublage qui me proposent du boulot. C’est vrai que j’ai énormément travaillé avec Dubbing, maintenant beaucoup moins malheureusement, mais c’était mon principal, et ça le reste, je pense, si on fait le compte depuis 1996, mon principal fournisseur en effet. Maintenant, c’est un peu plus calme, j’ai l’impression. Je me souviens des huit studios à Bruxelles qui étaient pleins en journée, et maintenant, quand on y va, il y en a parfois deux, trois seulement. Peut-être qu’ils font moins appel à la Belgique désormais ? Enfin bon, qu’il y ait moins de boulot, c’est comme ça, c’est la vie.

J.B : Mais du coup, comment est-ce que tu as été amené à travailler sur Gundam GQuuuuuuX ?

En travaux notables dans l’animation japonaise avant Gundam, Laurent Vernin a dirigé la version française du film Onigamiden.

L.V : Tout simplement parce que je travaille pour VSI et qu’on m’a proposé le produit comme on m’en propose d’autres. Là, il faut reconnaître qu’il y a un côté bassement matériel. On a une série, on me demande si je suis disponible pour la diriger. Je n’ai pas eu le temps de me poser des questions, car il ne fallait pas perdre de temps. Entre le moment où le doublage a été décidé et l’enregistrement du premier épisode, on a très vite commencé, et puis voilà. Parfois, il ne faut pas chercher trop loin : il n’y a pas beaucoup d’analyse, c’est parfois une question bêtement de calendrier et de disponibilité. En tant que DA, je pense qu’on ne doit pas trop se gausser parfois d’avoir été choisi, et inversement, ce n’est pas parce qu’on n’est pas choisi aussi d’autre part que l’on est moins bon ou a été considéré. Être choisi tient parfois au fait qu’on est là au bon moment. Après, il y a aussi des situations où, quand c’est une série plutôt féminine avec une sensibilité plus féminine, ou plus masculine, ou plus ceci cela… Il y a des DA qui sont plus à l’aise à diriger des enfants aussi ; les studios sont vigilants sur ces aspects, ils font très attention quand même à ce qu’ils nous donnent. Pour des séries très soutenues, avec des fights, ou un aspect plus manga, ou simplement de l’animation comme j’en avais déjà fait, et qu’en plus j’étais libre, probablement que les responsables de VSI avaient confiance en moi.

En plus de sa DA, Laurent interprète deux personnages récurrents de la série, Chaichi, le détective de Side-7 (voir image), en plus de Mahko Nagawara.

J.B : Quelles ont été les conditions de travail sur ce doublage, sachant que le doublage devait être prêt épisode par épisode pour être diffusé en simultané avec le Japon (simuldub) ?

L.V : Le nerf de la guerre, c’est la disponibilité des comédiens. C’est aussi bête que ça, c’est le genre de série, quand on fait un épisode par semaine, comme ça, sur un jour, où il y a les personnages dont on sait qu’ils seront récurrents, où il faut choisir un peu les gens libres sur des personnages qui vont devenir récurrents puisqu’ils ont déjà fait le premier épisode. Puis ensuite, au second épisode, on rajoute encore 2-3 comédiens dont les personnages apparaissent et deviennent importants, et vers la moitié de la série, on se retrouve avec une quinzaine de comédiens récurrents. Et le nœud du problème, c’est tout bêtement de parvenir, surtout si on a pris des gens assez bons, donc qui par définition sont assez fortement sollicités, à essayer de caser ces quinze comédiens fort sollicités le même jour d’enregistrement. Dit comme ça, c’est sûr que le côté artistique passe un peu en retrait ; l’envers du décor est un petit peu moins bling-bling qu’il n’y paraît. Mais c’est comme ça, dans notre métier, il n’y a pas de secret, ça reste quand même aussi du « business », où disons que l’artistique est réduit à sa portion congrue. Il faut le faire dans les temps, dans le budget, il y a un côté bassement matériel qui n’est pas à négliger. Il n’y a pas que ça, heureusement, mais voilà, il y a l’artistique. Mais il ne faut pas oublier que ce qui est artistique doit bien rentrer dans les clous de l’argent et du timing nécessaire. Mais pour en revenir à Gundam, le plus gros challenge, c’était d’avoir des comédiens pouvant faire tous les intervenants. Autant pour les ambiances et autres gens qui passent, c’est pas grave, on prend les comédiens qui sont disponibles, peu importe qui, mais l’épisode 1, 2, 3 doit avoir la même voix que le 6, 7, 8. Après, je ne délègue jamais l’artistique, je ne vais pas mettre n’importe qui sur tel rôle parce qu’il est libre. En fonction du temps que j’ai, je vais pouvoir mettre des comédiens aguerris. C’est qu’il y a des comédiens qui auraient sans doute pu faire tout aussi bien, mais avec qui le temps passé au micro aurait été beaucoup plus long, et je n’aurais pas pu me le permettre…

J.B : De ce que je comprends, cette démarche peut s’avérer problématique pour les comédiens qui ont besoin de temps, notamment ceux qui débute ?

L.V : Exactement, mais voilà, c’est notre société et le monde dans lequel nous vivons, c’est qu’à l’heure actuelle, le rendement est très élevé. Et pour les comédiens débutants, nous nous retrouvons obligés de les mettre sur des produits où il y a moins d’exigence, où on a plus de temps, où on peut se permettre cela. À part quelques petits rôles, les ambiances qui passent, qui crient, ou quoi que ce soit d’autre des foules, des ambiances en fond… Le reste, c’était des comédiens expérimentés, du haut de gamme.

J.B : Justement, pour la plupart des comédiens du casting, comment les as-tu choisi pour interpréter tel ou tel rôle, en sachant les délais et les contraintes que tu as évoqué plus tôt ?

L.V : On m’a demandé de proposer des noms et en fonction de ça, on me dit oui, ou alors on me dit : « Celui-là, on l’a trop entendu, celui-là, on vient de l’entendre sur d’autres séries », des choses comme ça. Le client me demande parfois de trouver autre chose, donc on doit en tenir compte aussi. Sur Gundam, je les ai proposés. Je demande bien sûr au comédien s’il peut s’engager sur la durée, pour savoir notamment s’il sera libre le vendredi pendant deux mois, ou éventuellement le samedi matin, et c’est parti.

J.B : Il y a des choix de casting dont tu es pleinement satisfait ?

L.V : Bien sûr, il y a les deux petites, où j’ai choisi Alayin Dubois et Claire Tefnin. J’ai beaucoup apprécié travailler avec elles, et ça permet d’en venir à un point qui m’importe en tant que DA. Il faut que je me sente bien au travail avec les comédiens. Je ne vais pas bosser avec quelqu’un qui ne vous apprécie pas, ou tout simplement avec lequel j’ai moins de feeling et autres, où on n’est pas sur la même longueur d’onde. Je n’ai pas envie de devoir expliquer ce que je veux et ce que je ne veux pas, je préfère qu’on se comprenne tout de suite, qu’on ait des expressions communes, des façons de travailler qui font en sorte que ça fonctionne bien. Je reconnais que dans les choix que je peux faire, il y a un côté affectif qui peut être très très important. Je ne vais pas bosser avec des gens avec qui je ne m’entends pas. Non, ça, ça m’enquiquine. Il faut que ce soit détendu en studio, qu’on puisse déconner un peu, qu’on puisse s’amuser et se comprendre, être sur la même longueur d’onde pour pouvoir bien faire le travail qui nous est demandé.

J.B : Justement, dans ta manière de diriger les comédiens, comment as-tu aborder la série, sachant qu’on est à la fois sur une série d’animation qui demande pas mal d’énergie, mais aussi, de l’autre côté, sur une œuvre de science-fiction relativement réaliste ?

L.V : Sur ce coup, on peut dire qu’on a bien été aidé par Jean-Philippe Dubrulle (N.d.A : traducteur officiel sur la franchise, et fondateur de l’Association pour l’Essor de l’Univers Gundam en France, l’AEUG). Il connaissait bien l’historique de la série, qui date tout de même d’il y a 40 ans. C’est une franchise qui est partie un peu dans tous les sens, on va et puis on continue et puis on revient aux origines. Dès le début, j’ai fait une croix sur la compréhension, sur le fait de savoir pour chaque personnage le pourquoi du comment. D’ailleurs, même Jean-Philippe et les spécialistes ont parfois du mal à suivre. Donc moi, j’ai beaucoup bossé par rapport à ce que Jean-Philippe me disait et par rapport à ce que je voyais tout simplement, par rapport à l’énergie et à ce qui était joué en VO.

J.B : Je me faisais justement la remarque en visionnant la série avec ta version française, concernant les difficultés qu’avaient les comédiens à spatialiser leurs interprétations des rôles dans certaines situations, tu aurais une explication éventuelle au pourquoi du comment ?

L.V : C’est fort possible qu’on ait manqué de vigilance là-dessus, mais quelque part, on ne peut pas faire de miracles non plus en une semaine en débarquant et en demandant à un comédien pour chaque personnage d’être un spécialiste de sa psychologie, de savoir d’où il vient, ce qu’il voudrait, son sous-texte, où il veut aller, etc. C’est les limites de l’exercice du doublage malheureusement.

Sujet de nombreuses discussions entre les fans de Gundam, le kira-kira n’a curieusement pas été traduit dans les différents doublages et sous-titrages réalisés sur cette série…

J.B : J’imagine que Jean-Philippe ne t’a pas aidé que sur le contexte de l’œuvre, mais aussi sur d’autres aspects ? D’ailleurs, est-ce que tu as été amené à retravailler les textes des adaptateurs ?

L.V : Bien sûr, il nous a beaucoup aidés sur les prononciations, sur le lexique, mais aussi et surtout sur le fait de savoir si tel ou tel personnage revenait, étant donné qu’il avait accès au matériel avant nous. Lorsqu’on ne savait pas si tel ou tel personnage allait revenir, Jean-Philippe a pu nous aider en nous donnant l’information nécessaire, ce qui a été particulièrement utile en ce qui concerne Char Aznable, qui revenait à partir de l’épisode 8. Son aide nous a permis de mieux planifier et de savoir ce à quoi on engageait le comédien. Pour ce qui est du texte, on a regardé attentivement avec Jean-Philippe justement sur Gundam, et il ne nous a pas semblé avoir constaté de grosses contradictions, les choses paraissaient à première vue assez logiques dans ce que nous lisions. Cela dit, c’est toujours notre rôle, en tant que DA, d’être vigilant si l’on trouve quelque chose un peu trop écrit, trop littéraire, qui ne coïncide pas avec l’ambiance du produit, ou bien un personnage qui répond à l’autre mais où ça ne se répond pas correctement, sans compter des fautes de français, des concordances de temps, ça malheureusement il y en a plein, et comme nous sommes un maillon de la chaîne, ça fait partie de nos tâches, au même titre que le choix de casting, la direction d’acteur ou la vérification du lip-sync. Alors forcément, pour ce qui est des erreurs de traductions à partir du japonais ou du coréen, on est obligé de faire confiance à l’auteur, mais en contrepartie, le client peut revenir vers nous, s’il constate qu’il faut changer le sens d’une phrase. On va dire qu’au moins, sur de l’italien, de l’espagnol et surtout l’anglais, on arrive à se débrouiller, même si ça n’empêche pas certains internautes spécialistes de faire des remarques sur le fait qu’on a traduit cela alors qu’il aurait fallu le faire autrement.

Si il y a un rôle dont les fans d’animés se souviennent de Laurent Vernin, c’est celui d’Itachi dans Naruto, dont il interprète la voix depuis presque 20 ans…

J.B : Justement, j’aurai aimé savoir pourquoi le choix a été fait de conserver tel quel l’expression « kira-kira » dans la série ? (N.d.A : une des traductions possibles peut être « l’éclat scintillant », « l’éclat brillant »).

L.V : C’est effectivement présent dans la version japonaise. C’est le client qui nous a demandé de le garder. J’imagine que ça donne un petit côté un peu mystérieux aussi, le kira-kira, ça subjugue un peu plus, ça a un côté exotique. Après, à un moment donné, je suis aussi payé pour faire ce que le client veut, donc je m’incline. Il y a toujours possibilité de dialoguer, ça dépend des clients, il y a des gens plus ouverts, et d’autres moins, mais c’est toujours le client au final qui décide, c’est son produit, c’est lui qui le paye, c’est lui qui le vend, donc s’il demande, on le fait. Je t’avouerai que s’il m’avait demandé par exemple de l’appeler « Tagada Tsoin Tsoin », je me serais dit que c’est triste, mais qu’il faut l’appeler comme ça, et pas autrement. Heureusement, ce type de cas extrême ne m’est jamais arrivé, ou alors sur des séries de vingt-huitième zone. En tout cas, sur kira-kira, je pense avoir compris la logique derrière, et je trouve que ça fonctionne plutôt bien finalement.

J.B : Finalement, que retiens-tu de ton expérience sur cette série ?

L.V : C’était très intéressant d’avoir pu mener ce projet. Déjà, ça m’a permis de découvrir les Gundam. C’est un univers, une manière différente de faire de l’animation qui est particulière, et ça m’a permis de me confronter à une façon de travailler qui ne me déplaît pas, de savoir travailler un petit peu dans l’urgence et de pouvoir proposer le meilleur de soi-même dans ces conditions. J’aime que les choses se suivent, qu’on ait un rendez-vous en studio chaque semaine où on y va et on bosse tous ensemble. Devoir attendre patiemment le moment d’enregistrer et revoir ce qu’il faut faire en attendant, c’est quelque chose qui m’ennuie un peu. J’ai eu la chance d’avoir un interlocuteur, en l’occurrence Jean-Philippe, qui était super sympa, qui était passionné, et donc très impliqué dans ce projet, ce n’est pas toujours le cas, donc c’était assez plaisant de pouvoir travailler sur cette œuvre. C’était une chouette expérience.

Avant de conclure cette interview, il me semble que tu as fait récemment un petit rôle d’annonceur dans Hajime no Ippo, je me trompe ?

L.V : Oui, ça aussi c’était un sacré projet, on a bossé avec Alexis, le directeur artistique (N.d.A : Alexis Flamant) sur une centaine d’épisodes, et j’ai également fait plein de petits rôles et ambiances tout autour. Après, à côté de ça, il y a le rôle d’Itachi dans Naruto dont on me parle très souvent. C’est un peu ma grande gloire, quand on me rappelle que j’ai fait ce personnage, c’est comme si j’étais Sean Penn quoi (rires). Il y a mon ami Aurélien Ringelheim, qui fait la voix de Sacha dans Pokémon, il avait encore une convention le week-end passé, il n’arrête pas, lui c’est une vrai star. Je me souviens des débuts de ce doublage, il y a plus de vingt-cinq ans, je faisais énormément de petits rôles, et le D.A, Daniel Nicodème justement, nous disait « ça fait un carton au Japon, c’est quelque chose qui probablement va se répandre », on peut dire qu’il avait eu le nez creux. Sinon, je me souviens aussi de la série Spirou & Fantasio, où je doublais le rôle titre, c’était chez Made in Europe

Laurent Vernin a interprété Spirou dans la série animée de 2006, en reprenant le rôle à Vincent Ropion (qui avait fait cependant les voix témoins).

J.B : Justement, vu que tu évoques cette série, comme t’es-tu retrouvé sur le rôle ?

L.V : Je pense qu’ils ont fait un casting pendant des semaines et des semaines et des semaines. Je pense que j’étais l’un des derniers à passer les auditions. J’ai rajeuni un peu ma voix, pour que ça colle au mieux avec le personnage. Et puis voilà, ça a plu au client, et puis c’est parti. Mais je ne me suis pas senti désiré dès le départ. Donc j’ai passé l’audition un peu comme ça, sans pression aucune, sans y croire un instant, et finalement c’est souvent comme ça que les choses se font. Et par la suite, j’ai eu le plaisir de travailler avec mon ami Raphaël Anciaux à la D.A., et avec Sylvain Goldberg sur Fantasio. Sylvain, qui était par ailleurs l’un des gérants de Made In Europe, et qui fait désormais de la production au cinéma.

J.B : Bah écoutes, merci encore pour cet interview, et au plaisir de te réentendre sur d’autres séries, et de te voir sur d’autres DA.

L.V : Merci.

2 commentaires

    • UniversJB

      C’est certain. Ce n’est clairement pas une œuvre accessible ou facile d’accès, au vu des nombreuses références qui y sont faites (que ce soit la première série comme Zeta Gundam dans une moindre mesure). Pour ce qui est du simuldub, en effet, Laurent Vernin n’essaie pas de mettre la poussière sous le tapis, et c’est justement ce qui fait tout l’intérêt de l’interview je pense, ce point de vue sans concession sur le métier.

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